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Surréalisme, art du XXI siècle, par Michel NARBONNE




L'AUBE DES TEMPS

barre d'un arbre...

Imagine,
ouvre les yeux du dedans :
toi et moi
à l'aube des temps.
Les restes des tout premiers organismes fument encore
dans les sols archaïques en gestation,
d'où émergent par milliers des espèces inédites…
La sédimentation opère :
magma chimique…
et quelques germes enhardis explorent à tâtons
les lignes de ton corps.
De l'autre côté,
là-haut,
dans le tumulte du fond,
par-delà l'épaisse couverture des fougères arborescentes,
les nébuleuses sidérales enfantent à leur tour des masses encore informes.
Savourée, testée par tous tes sens,
la tourbière molle s'enfonce où ton pas s'aventure ;
ton corps y apprend ce qu'il doit :
exister, se tenir droit, tourner sur soi,
savourer sa conscience du moi et des choses.

 

Maintenant, tu te perçois volcanique :
telle une fissure dans la roche
d'où s'échappent les laves du renouvellement cyclique,
alors que les chimères de l'aube éclairent de l'intérieur
les particules humides de brumes légères
qui caressent précautionneusement la surface du marais.
Les formes vivantes explosent dans leur infinie variéété :
hors des mousses,
ce sont les insectes grouillants !
de la prolifération des formes
la métamorphose se fait :
vermines, rampants
seront criquets ou papillons,
quand d'autres se hissent le long des troncs massifs des séquoias,
ou des lianes emmêlées comme des toiles d'araignée gigantesques
vers l'entière lumière des sommets :
dans le flottement immense de la plaine solaire…

 

Tes yeux sont améthystes, ou malachites,
ou bien topazes, rubis, émeraudes… :
ils sont les possibles cristallins, translucides et colorés ;
de ta bouche entrouverte s'échappent des lucioles aux mêmes teintes liquides,
qui enveloppent ton corps de ce cocon virtuel…
Me voilà apparu à mon tour :
en gestation, toujours !
de mes doigts éclosent les jeunes pousses des bruyères envahissantes,
qui dessinent en spirales
les contours de tes jambes tremblantes.
Tes seins, puis ton visage
et ta longue chevelure rousse
acceptent l'hommage
- patient, méticuleux, résolu comme le lierre sur la pierre :
en écho, tout là-haut, de la formation cosmique
qui se poursuit, irrévocable, logique, toujours confuse…
barre vegetale

 

Alors que des gerbes d'étincelles peignent maintenant
le fond du ciel et ses reflets ondulants,
les rayons parviennent à s'infiltrer dans les sous-bois, le végétal, puis l'humus ;
nos corps s'y confondent !
fusion d'une nouvelle formation physiologique,
ni plus ni moins que l'air, le terreau même !
ou bien la lumière magique d'un monde qui s'autogénère











barre d'un arbre...


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liere sur le mur
un carre vegetal
un carre vegetal sur le mur
petits insectes...
coquelicot
un arbre végétal