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Surréalisme, art du XXI siècle, par Michel NARBONNE
RÊVERIE
DU
JEUNE FRANZ K.
J'étais adolescent ; ce jour-là, évitant soigneusement les balises d'un jeu de piste organisé pour notre petite troupe,
je me retrouvai seul dans une clairière, au milieu de laquelle la broussaille avait commencé à recouvrir un chêne massif
terrassé par la foudre
Assis sur une section du tronc, je m'abandonnais à la contemplation des formes végétales, qui jouaient dans la pénombre,
quand j'entendis la voix de mes camarades. Dans un geste de fuite, frappant fort la grosse masse de bois, je m'aperçus
qu'elle était creuse et suffisamment large pour m'y glisser. Et c'est dans un mouvement de bascule du torse et des épaules
que, la tête droite et les bras allongés sur le corps, je me mis immédiatement en route vers ce que je me désignais comme
la lumière de l'ombre : fragile rayon solaire de fin d'après-midi qui éclairait à peine l'autre bout du tronçon ; sa pâle
lueur était pour moi le " bout du passage " : quelque part du côté de la naissance ; ou de la mort






J'ai su, depuis ce rêve, que cette vision n'avait rien d'original (on la nomme d'ailleurs aujourd'hui near death experience),
mais elle reste pour moi des plus fascinantes en tant que phénomène mental : comme lieu de dépassement indicible du malaise
existentiel
Il ne s'agissait pourtant pas en fait d'un au-delà, il convient de le préciser ici, mais plutôt d'un au-dedans. Oui ! j'avais
effectivement pénétré, en ce jour inoubliable, l'au-dedans du corps maternel, espace-même où s'engendrent les dédoublements,
scissiparités, métamorphose : la lente mutation du biologique. Et voici donc l'ultime (et pourtant archaïque) révélation :
à la fin d'un temps de vie prédéterminé, nous retournions à la fameuse Terre-Mère des temps anciens

Mais trêve de spéculation ! je promis un brin de narration : le voici : alors que le ventre chaud de la Mère me plongeait dans
une sorte d'allégresse, des bruits humains se firent entendre, avec leur cortège d'insipide brutalité : branches écrasées,
discussions animées, ce genre
Le rayon de soleil avait disparu, et je m'enfonçais lentement et décidément dans le corps de ce grand chêne calciné, malade
mais vivant : dévorateur de tout

Epaules maintenant recourbées vers l'arrière, je progressais en poussant sur les talons ; ma tête n'avait plus qu'une mobilité
réduite ; mon regard, droit devant mon masque terreux, scrutait les mousses où grouillaient des milliards de petites bestioles
aux formes les plus étonnantes : vertes, noires, translucides, tachetées de rouge ou de jaune ; la suave odeur de moisi me
rappelait cette très ancienne ruine où j'allais me cacher quand
Mais là, en réalité, l'odeur était finalement beaucoup trop forte : moisissure et pestilence mêlées ! Quelque chose me laissait
supposer que j'étais moi-même l'objet de l'opération digestive

Il faisait maintenant nuit : les bruits et les voix avaient totalement disparu ; l'humidité maternelle dissolvait les pigments
de ma transpiration et mes mains étaient impuissantes contre les démangeaisons : animalcules, moiteur, enzymes, chairs et acides :
tout se mêlait selon la formule d'une nouvelle composante moléculaire, aussi malléable qu'une pâte de sorgo imbibée de salive
pour la fermentation
J'avais la conviction maintenant que je ne serai pas fossilisé et que je resterai bien vivant, sous une
autre forme, voilà tout ! Je savais que je ne faisais plus qu'un avec le grand chêne calciné et que pourtant je restais distinct
de lui : ne serait-ce que par ma conscience des choses ; conscience d'un être apaisé, pour la première fois non dévoré par
l'angoisse d'être mal-né, comme enseveli dans une proche de l'extase.
Je me visualisais ainsi dans ce grand recyclage du vivant et, il est vrai, mon humeur biliaire et mon insupportable sentiment
de vacuité avaient disparu. Les ressorts du vieux matelas hérité du père me réveillèrent. Décidément !...
EXPLICATIONS SCIENTIFIQUES [par Wikipédia]
L'expérience de mort imminente ou EMI (Near Death Experience ou NDE en anglais), aujourd'hui appelée expérience aux frontières
de la mort (EFM) est un ensemble de sensations décrites par certains individus qui ont pu être réanimés après un coma avancé
ou une mort clinique.
Aspect général
Ces expériences ont été identifiées et décrites par le psychiatre Raymond Moody en 1975 sous le nom de « Near Death Experience »
(NDE), reprenant une expression qui avait déjà été proposée par Victor Egger en 1895. Elle est cependant loin d'être constante :
d'après un article de Pim van Lommel publié dans la revue the Lancet du 15 décembre 2001, sur 344 patients réanimés d'un coma
secondaire à un arrêt cardio-circulatoire, 12% décrivaient une réelle EMI. D'autres études semblent indiquer que ce chiffre pourrait
être légèrement surévalué et que la fréquence réelle serait d'environ 10%.
Après avoir repris conscience, les patients font un récit qui présente souvent de nombreuses similitudes : impression de
décorporation, conviction d'être mort mais conscient dans un corps immatériel, déplacement le long d'un tunnel, lumière intense,
rencontre avec des personnes décédées ou des "êtres de lumiere", remémoration en accéléré de sa propre existence, prises de
consciences, etc. Dans l'immense majorité des cas, il s'agit d'une expérience agréable et qualifiée de "lumineuse", voire
clairement mystique, souvent si forte que la personne éprouve ensuite des difficultés pour revenir à la realité matérielle du
monde. Seules 4% des personnes décrivent cette expérience comme effrayante ou désespérante.
Conséquences et
effets secondaires
Les expériences de ce type sont en général très marquantes pour les sujets qui les vivent. Le retour à la conscience peut
s'accompagner d'une certaine confusion entre l'EMI et la réalité et à une peur d'être considéré comme victime de maladie mentale.
À plus long terme, on note fréquemment un développement de l'empathie, la remise en cause des priorités et la modification du
mode de vie. On assiste également souvent à une perte d'intérêt pour les dogmes religieux, au développement de la croyance en
la vie après la mort et à un intérêt accru pour les questions spirituelles et la transcendance.
Ce genre d'expérience peut aussi conduire à une certaine souffrance en cas de rejet. Les réactions du milieu familial et des
amis sont importantes pour l'équilibre des sujets.
L'étude scientifique
Ces EMI ont motivé de nombreuses études poussées effectuées par des biologistes, physiciens, anthropologues, médecins et
théologiens visant à bien comprendre les différents stades d'après-vie qu'un mécanisme neuro-chimique ne permet pas d'expliquer
en totalité.
Si à peu près toutes les religions véhiculent un discours sur la mort qui ne peut sans doute qu'influer sur le sens que les gens
donnent à une expérience de mort imminente, il en va exactement de même du matérialisme qui pousse forcément à interpréter ces
expériences à la lumière de la conviction que tout a une explication causale. Sur un sujet comme celui-ci, où la science est
encore balbutiante mais où les enjeux spirituels sont importants, il est difficile pour ceux qui n'ont pas vécu d'EMI de faire
la part des choses entre ce qui est du domaine de la connaissance et celui de la conviction.
Il est extrêmement difficile d'appliquer la méthode scientifique à ce type d'expérience subjective. On ne peut se baser que sur
le témoignage des personnes qui rapportent avoir vécu cette expérience et seule l'accumulation, la concordance et surtout la
réalité des effets secondaires permettent d'envisager que ces témoignages se rapportent à quelque chose de réel. En faire un
réel sujet d'étude scientifique nécessiterait cependant que l'on soit capable de quantifier ce phénomène de manière plus objective.
Kenneth Ring a notamment construit l'indice WCEI (« Weighted Core Experience Index ») pour mesurer la « qualité » de l'EMI
(Life at death. A scientific investigation of the near-death experience, 1980) et Bruce Greyson une échelle de qualification
des témoignages (The NDE Scale. Construction, Reliability and Validity, 1983).
Il existe aujourd'hui de nombreuses théories, dont certaines sont tout à fait sérieuses, mais aucune ne parvient à expliquer
rationnellement l'ensemble des observations.
La proximité de ces expériences avec la mort fait partie du questionnement de la science autour des EMI. Par définition, pour
notre sens commun, si le patient a pu être réanimé, c'est qu'il était toujours vivant. Rien ne permet donc d'affirmer formellement
que l'EMI est une preuve de la survie de l'âme après la mort. Des expériences similaires auraient été rapportées par des personnes
suite à un accouchement, un malaise ou pendant une anesthésie à la kétamine, alors que leurs pronostiques vitaux n'étaient pas
en jeu. La prise d'hallucinogènes ou même certaines techniques de méditation pourraient également provoquer des sensations que
certains rapprochent de l'EMI.
Selon des tudes épidémiologiques, les témoignages d'EMI seraient plus fréquents chez les sujets âgés de moins de 60 ans, ou bien
ayant une saturation en dioxygène élevée.
Sur un plan physiologique, l'EMI peut être sommairement apparentée aux états modifiés de conscience, au rêve, aux hallucinations,
et à certains cas d'épilepsie. Ces dernières sont mieux scientifiquement connues et peuvent par exemple être dues à l'anoxie qui
provoquerait un dysfonctionnement de l'hippocampe.
Certains ont fait un rapprochement avec les irruptions de sommeil paradoxal dans l'état de veille constatées dans certaines
pathologies [1]. Il s'agit d'une activation du cortex occipital, régulée par plusieurs structures du tronc cérébral comme le noyau
pédonculopontin, le tegmentum latéral, le raphé dorsal, le locus coeruleus (mécanisme cholinergique qui contrebalancerait la
réaction d'alerte noradrénergique impliquant le locus coeruleus). Les EMI seraient alors des intrusions du sommeil paradoxal
déclenchées par la défaillance cardiovasculaire.
Sur un plan psychologique, les EMI seraient pour certains un mécanisme de protection de la conscience. Celle-ci se mettrait au
repos face à une expérience traumatisante comme l'approche de la mort, mais cela semble assez loin d'expliquer la force des
ressentis des personnes ayant vécu une EMI.
En 2002, Olaf Blanke, Stephanie Ortigue, Theodor Landis et Margitta Seeck, du département de neurologie de l'hôpital universitaire
de Genève ont publié dans la revue Nature un article décrivant une expérience autoscopique provoquée par la stimulation électrique
d'une région spécifique du cerveau chez une patiente épileptique. La décorporation (appelée aussi voyage astral ou OBE, Out of
Body Experience) est un autre phénomène ancien aux marges de la science, ce n'est cependant qu'un des aspects rapportés dans une
EMI.
Influence socio-culturelle
Les témoignages sont très rares avant la seconde moitié du XXe siècle, on en connaît cependant depuis l'antiquité comme le mythe
d'Er dans La République de Platon. Selon les études, entre 8 et 35% des personnes confrontées à un risque vital rapportent une EMI.
On en trouve dans le monde entier, les récits sont donc indépendants de la religion et de la culture mais il y a tout de même une
forte prévalence des États-Unis d'Amérique par rapport au reste du monde, y compris par rapport à l'Europe qui a pourtant un
niveau de soins équivalent pour les techniques de réanimation. D'après un sondage de 1982, huit millions d'Américains affirmaient
avoir vécu une EMI.
Mystique de l'EMI
L'incapacité actuelle de la connaissance scientifique à fournir une explication rationnelle satisfaisante, et la proximité de ces
expériences avec l'«au-delà» sont évidemment un enjeu pour les traditionnelles interprétations mythologiques et du religieux ou
plus simplement pour une vision spiritualiste de la condition humaine. De nombreux aspects des récits d'expériences de mort
imminente font état de phénomènes qu'on retrouve dans des textes sacrés, dans le mouvement spirite, le thème hindouiste du karma,
de la réincarnation ou des phénomènes paranormaux.
Certains témoignages rejoignent une certaine thématique du mouvement New Age, certains sujets font en EMI l'expérience d'une sorte
de transcendance, d'illumination. Il n'est pas impossible que cette culture influence certains sujets dans le vocabulaire qu'ils
utilisent pour décrire les EMI. En effet, lorsque l'on parle d'un voyage astral, par exemple, on parle toujours d'une
décorporation, mais pas nécéssairement lors de l'approche de la mort.
Selon certains kabbalistes modernes, les états rencontrés lors d'une EMI seraient décrits par les sephiroth de la kabbale. Sous
cette optique mystique, on pourrait mourir une dizaine de fois, à chaque fois intrégrant un nouveau monde (ou sephirah, singulier
de sephiroth).
Selon un théologien catholique comme Arnaud Dumouch, le caractère personnel de l'être de lumière, la manifestation qu'il opère
avec vérité sur la vie du mourant et son jugement portant sur l'amour fait penser au mystère du retour du Christ dans sa gloire,
accompagné des saints et des anges, tel qu'il est annoncè dans le Credo : "Il reviendra dans sa gloire juger les vivants et les
morts ".
Il est difficile de savoir, si le scénario des EMI est une création du cerveau pour construire, à partir d'un ensemble de
sensations, un récit cohérent avec les références culturelles du sujet, ou si ce sont des expériences de ce type qui ont par
exemple influencé la rédaction de textes religieux. Quoi qu'il en soit, pour de nombreuses personnes ayant vécu une EMI, le
plus important reste l'impression d'avoir été confronté à quelque chose de sacré, à un amour transcendant mettant en vedette
l'existence de l'âme. Cet aspect est malheureusement encore plus difficile à étudier objectivement que le reste du phénomène
et ne peut que renvoyer chacun à ses propres convictions et/ou interrogations.
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