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Surréalisme, art du XXI siècle, par Michel NARBONNE

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Vous    

êtes

      bien !

" One-man-show ",
série pour tempérament atrabilaire-acariâtre,
type Jean-Pierre Bacri.
           




Allez, laissez-vous faire…      pour une petite leçon de philosophie pratique !…

             Pas de panique !…

Vous vous souvenez sans doute de ce texte de Pascal sur le " divertissement "
(vous savez, celui qu'on vous à fait lire au lycée il y a … un bon milliard d'années …).
Non ?
      vraiment pas ?…
           tant pis ! on va faire comme si !…
Mais si, vous savez ! ce texte où il disait que les chasseurs chassaient juste pour s'occuper l'esprit, et pas parce que c'étaient des " viandards " !…
que l'on était incapable de rester tranquillement dans sa chambre !… (sauf pour faire des cochonneries), etc.

Un Anglais que j'aime bien, Desmond Morris, a eu plus récemment l'idée de continuer là-dessus, en affirmant qu'on était apparemment condamnés à chercher de la surstimulation (l'adrénaline, une vraie drogue ! cours de biologie de Terminale…) :

un p'tit shoot..

+            plus d'émotions fortes !
                plus de bouffe !
             plus d'expériences amoureuses !
         plus de montagnes russes, de Space Mountains, …
    plus de JT accrocheurs ! de dope ! d'alcool ! de bruit ! de tout, et toujours plus !...

Çà y est, vous me suivez ?
               Eh bien c'est à vous maintenant :
faites le point, dans le fond de vos ténèbres de l'intérieur… : bah ! ils ont pas tout à fait tort, ces deux gars-là !… Eh !

zap !

Tous ceux qui sont là à s'angoisser… dès qu'ils croient qu'ils ont égaré leur portable !…
Ceux qui zappent comme des malades devant la téloche ! …
Ou scotchés à l'écran PC, ses infos, les flash-pubs qui sortent de partout !… Et l'œil sur la pendule au boulot ! …
Ceux qui croient se calmer en s'inventant des dizaines de " projets supers " par jour ! des " trucs géniaux " ! des " start-up " qui n'en finissent pas de starter !…

Mais, confusément, un petit vibreur de cervelle vous avertit qu'il y aurait quelque chose comme une sorte de piège là-dedans : que vous êtes comme cette boule Orangina qui s'explosait la tête dans tous les coins du flipper !… ou l'innocent de la Matrix, quand il sait pas encore qu'il est l'élu , s'il est branché quand il est débranché (enfin, vous vous rappelez !…).

Et pourquoi vous en êtes là ?…
                 Allez ! je vous le demande !…
                                    Allez, quelques secondes pour réfléchir !…

UN,
DEUX : c'est bon…             c'est vrai qu'on n'a pas que ÇA à faire !…

Eh bien, justement ! c'est parce que vous vous sentez obligés de courir après le temps qui court !…
Tiens, là, tout de suite ! vous vous demandez quand même si je ne suis pas en train de vous fait pas perdre votre temps … (Toute politesse mise à part, un peu quand même… ) :
comme si vous viviez avec un compte à rebours implanté dans le système nerveux central ( cours de neurobiologie, Bac +12…).

Et çà, c'est le mauvais plan !…
vous avez négligé le bon vieux dilemme humain :
" Ne pas oublier que la fin arrivera un jour quoi qu'on fasse,   mais vivre au quotidien comme des immortels ! ".

la vie des cartes Et vous, vous avez fait le mauvais choix…

Mon père disait : " Quand ce sera la fin, tu le sauras bien assez tôt ! en attendant profite, mais tranquillement !… chaque minute après l'autre, à déguster comme le bon vin !… "
Et pourtant mon père, il avait même pas lu Nietzsche et son éternel présent
Il disait qu'il fallait surtout " freiner la vitesse " : résister à la vitesse , comme un parachute accroché à sa batmobile !…

C'est vrai qu'au premier abord ça paraît pas évident … Mais essayez, au moins !
Peut-être qu'il suffit de s'entraîner !…
Par exemple, quant on fait la queue au magasin … ou même à la poste ! (là, c'est vrai que je tape fort !…)

Mais, au lieu de baver votre impuissance avec vos voisins, réjouissez-vous de pouvoir vous offrir gratuitement ce petit stage de méditation zen :

souriez à la caméra de surveillance et, en arrivant à la vitre blindée du guichet, n'oubliez pas de remercier le petit personnel qui vous accueille si aimablement !…
Autre exemple de pratique zen possible :
quand on vient de grande banlieue par les transports en commun (non ! j'ai pas parlé de bétail : " communautaire ", si vous voulez !), oubliez les têtes d'œufs qui vous entourent et travaillez votre respiration yoga…
Ne laissez pas votre regard se fixer sur les banquettes lacérées ! ou l'intérieur des trains décoré par les pubs et les graffitis " pré-ados pipi-caca ", laissez-vous flotter au-dessus des banlieues grises-mines, qui ont jamais eu droit à l'inspiration des urbanistes !…

Çà y est !
              vous êtes quelque part ailleurs :

           Taj Mahal   

»   en INDE peut-être !…

Vous voyez les couleurs de Jaïpur…
Vous êtes en 1721 et le soleil sur l'horizon caresse le grand bassin du Taj Mahal …
A cette heure, les mendiants des étoiles s'offrent en spectacle aux touristes déjà hébétés par la chaleur : commencent leurs ablutions matinales devant leurs cônes d'encens…
Derrière, légèrement sur votre gauche, on douche à grande eau les éléphants pour des noces princières…

Je sens que vous y êtes !…

Bien !… et c'est tant mieux, parce que maintenant il va falloir sortir de la gare du Nord !… Alors, gardez le rythme :

tiens v'là le métro...

-N'oubliez pas par exemple de remercier le conducteur de la motrice pour ce voyage matinal !… Allez, un petit geste amical fera l'affaire !… Et souriez aussi aux malheureux excités qui vous bousculent à l'entrée du métro parisien !…

  dans le metro.

-Dîtes au SDF qui vous tend la main que vous " compatissez "… mais quelque part, quand même, " vous l'enviez d'avoir su accéder à l'essentiel … ".

Surtout : quand vous arrivez au bureau, mains jointes au niveau du sternum, saluez tous ceux que vous croisez… et déposez une offrande de jasmins sur le bureau de votre supérieur, afin de lui exprimer toute votre gratitude…

Et puis enfin, quand on vous dit calmement qu'on vous transporte dans une " institution spécialisée ", continuez à sourire et saluez les infirmiers que vous croisez : dites leur que c'est vous qui comprenez leurs problèmes et qu'ils ne devront pas culpabiliser quand ils vont vous bourrer de piqûres et de médicaments …

Parce que vous, vous êtes bien ! … Parce que vous, vous avez atteint la plénitude de l'être , et vous en êtes arrivé au stade ultime :
         " La voie qui consiste maintenant à sauver le reste du monde … ".






extrait de Postmodern